Milie Coquille
l'escargotte qui semait du safran sur les étoiles.....

-Dis Milie ! ! pourquoi tu poudres les étoiles de safran ???
-Parce que, tu vois ! ! Il est grand temps de remettre... dans tout ça ! !
De la folie, de la couleur, des épices, il est grand temps de ré enchanter l'univers....

mardi 18 février 2014

Viens, partons ! Là ! Maintenant !

Chapitre 1, 2, 3

Chapitre 4

Chapitre 5


Elle ne réfléchit pas une seule seconde et s'engouffra dans sa voiture. A côté de lui, elle était à côté de Jean, elle s'enfonça dans le siège et ferma les yeux. Surtout ne rien ressentir, ne se permettre ni émotion, ni analyse, se concentrer sur l'odeur du cuir, la douce chaleur et ce soulagement qui l'avait saisie instantanément dès qu'elle l'avait reconnu. Elle était près de Jean ! Rien ne pouvait lui arriver.
Il démarra la voiture aussitôt et ils roulèrent longtemps sans échanger un seul mot.
Elle était près de Jean !
Jean, quand à lui, essayait de gérer au mieux, mais son cœur menaçait d'exploser à chaque seconde, il pleurait sa mort depuis 18 ans et voilà qu'elle était tout près de lui, fragile, fermée, mais là et surtout Vivante, oui vivante ! Le parfum des violettes ne l'avait pas trompé, comment avait elle fait pour le faire parvenir jusqu'à lui ? Non pas de question et surtout pas de mot, les mots les premiers qu'ils échangeraient, ne pouvaient être dits comme cela. Alors...oui alors savourer le miracle, ne pas laisser le reste s'interposer devant cette seule évidence, cette seule importance "Elle était vivante et près de lui". Son unique priorité devait être de rouler, s'éloigner, la mettre en sécurité, pour le reste, ils auraient le temps.
Mais malgré leurs efforts, ce qui se passait dans cette voiture était d'une intensité invraisemblable, d'une puissance émotionnelle à peine supportable.
Avant l'apparition quasi miraculeuse de Jean, Brinette avait mis son plan a exécution. Elle avait attendu que la veilleuse de nuit se pose devant son film, pour sortir discrètement par sa porte fenêtre. Elle savait que l'on ne revenait jamais la voir. Il faut dire que depuis 18 ans elle n'avait jamais posé le moindre problème, ni eut besoin de quoi que ce soit. Alors dès 19 heures elle ne revoyait personne jusqu'au lendemain. Elle avait prévu de prendre le bus de 20 h 10 pour le centre ville, puis de se diriger vers la gare afin de se rendre en train à Périgueux. Ensuite se débrouiller pour gagner "Courtelaine", elle n'avait pas encore décidé comment, elle aviserait sur place.
Elle ne pensait qu'à cela depuis qu'elle avait retrouvé la mémoire, fuir cet endroit, se réfugier à Courtelaine où elle serait à l'abri du danger que représentait le clan maintenant qu'ils l'avaient retrouvée. Mais une fois dehors elle avait déchanté, affronter seule, dans une telle fragilité émotionnelle la nuit et l'aventure. Elle avait hâte que le bus arrive, elle espérait qu'en s'éloignant elle reprendrait force et courage, mais elle doutait de sa capacité à mener à bien tout cela. Et puis, comme dans un film, elle avait vu surgir Jean et s'était en quelques secondes retrouvée tout près de lui, dans cette voiture très confortable qui lui ressemblait si peu. Elle était à côté de Jean, il allait bien, il était toujours aussi magnétique.. et pourtant..... Quel méli-mélo dans sa tête. Ne rien dire, se concentrer sur la route, refouler toute sensation, toute... Elle explosa en sanglots...
Jean en eut le cœur brisé,  il n'avait qu'une envie s'arrêter, la regarder, la serrer dans ses bras, la réconforter, la rassurer et.... l'embrasser jusqu'à en perdre le souffle.
- Ma Cousette...
Ce nom, son nom à lui pour l'appeler dans les moments les plus tendres, ce nom qu'elle aimait tant et qui la faisait chavirer, lui avait échappé, "Sa Cousette"... Il l'avait nommée ainsi car lors de leur première rencontre elle brodait en plein parc public et ne l'avait même pas regardé tant elle était concentrée sur son ouvrage, par la suite elle était toujours une aiguille et un fil de couleur à la main en train d'inventer des univers cousus ou brodés. Elle ne réagit pas à ce tendre surnom, noyée dans son chagrin, ses peurs, ses déceptions.
Il reprit.
- Ce n'est pas le moment des mots... Les mots, les premiers seront porteurs de trop d'attentes, d'enjeux, de sentiments.  Il faudra les choisir avec soin car ils pourront être merveilleux ou terribles... Blessants ou réparateurs... Alors.... Même si c'est immensément compliqué, nous nous devons de faire les choses par étape. Et là, la priorité c'est "Courtelaine" je pense que c'est le seul endroit.
Elle venait d'entendre sa voix. Elle venait de recevoir en plein cœur la voix de Jean, la seule voix au monde capable tout à la fois de la faire frissonner d'émotion et de la rassurer. Alors entre deux accès de larmes, elle dit juste.
- Bien sur Courtelaine c'est une évidence. C'est là que j'espérais me rendre, je ne sais pas si j'en aurais eu la force, mais c'est là que je souhaitais aller. Alors merci d'avoir surgit de la nuit, le reste oui le reste attendra.
Elle ne posa aucune des milliers de questions qui lui brûlaient les lèvres, qui lui ravageaient le cœur. Non pas qu'elle lui ai pardonné quoi que ce soit, ni qu'elle ait oublié qu'il était marié à Marianne mais il avait raison, ce n'était pas l'heure d'une si grave discussion.
Lui aussi eut le choc de la voix de Brinette mais il  se força au silence. De toute façon, par sa faute tout était tronqué, et il le savait, il faudrait du temps, beaucoup d'explications, de discutions, de force. Pour l'instant il n'avait droit qu'aux mots banals et.... parler de manière banal à sa Brinette, son grand amour qui venait de quasiment  ressusciter sous son regard, lui était totalement impossible et puis comme il l'avait dit l'heure était à la fuite. Alors ne pas entendre le désespoir de sa Cousette, rester muré, ne pas penser, les yeux rivés sur le bitume, l'esprit centré sur leur destination, "Courtelaine" il n'y aurait que là-bas qu'ils pourraient reprendre leur souffle, poser un peu toute cette tempête émotionnelle et surtout essayer de débroussailler cet incroyable imbroglio qui les avait séparés.
Brisée par l'émotion, bercée par le ronronnement du moteur et malgré tout rassurée par la présence de Jean, Brinette fini par s'endormir. Jean osa alors la regarder, Dieu qu'il l'aimait, Dieu qu'elle était belle cette femme de 45 ans ans qui était la sienne, oui quoi qu'il se passe, c'était elle et elle seule son épouse, car n'étant pas veuf, son simulacre de mariage avec Marianne était d'office caduque, cela ne diminuait en rien son énorme faute, son attitude qu'il jugeait indigne, mais simplifiait quand même grandement la situation au moins d'un point de vue administratif parce que pour le reste.... Mais quand même,  il était marié avec Brinette, elle était SA femme et cela lui suffisait, dans un premier temps, pour trouver la force d'affronter toutes les difficultés présentes et à venir.
Il arriva vers 2 heures du matin, Brinette ne calcula rien, ni le crissement rassurant des graviers de Courtelaine alors qu'ils s'engageaient dans l'allée centrale, ni Jean la prendre dans ses bras avec un amour infini, ni le visage plein d'anxiété, de larmes mais aussi de confiance de leur hôte "Marie de Courtelaine" qui se contenta de dire " "Oh mon Jean, oh ma Brinette j'ai tant prié pour vous deux, mais vas vite la mettre dans un bon lit, j'ai, bien sur fait préparer la chambre mauve" Jean lança un regard plein de tendresse à Marie et monta aussitôt avec son précieux chargement, il bénissait chaque marche de faire durer le bonheur infini de l'avoir tout contre lui. "Dieu qu'il l'aimait", Dieu qu'elle était belle et douce, Dieu que sa peau sacralisait le parfum des violettes, Dieu que son cœur se dilatait à toutes ces sensations retrouvées pendant que le trop plein d'émotions se libérait en larmes retenues, elle était vivante, elle était là... et pour ce soir cela seul comptait.
Après l'avoir déposée avec une tendresse infinie dans le lit à édredon dodue parsemé de violettes, il se permit un doux baiser dans ses cheveux, la regarda un instant avec une intensité émerveillée, puis s'arrachant avec regret, descendit voir Marie. Ils avaient  beaucoup à dire, beaucoup à raconter....
Mais chaque pas qui l'éloignait de Brinette lui semblait infranchissable, il ne pouvait pas la laisser, non il ne pouvait simplement pas, alors il retourna sur ses pas, ouvrit la porte juste pour encore la regarder, pour encore s'émerveiller.
Et là, !  Là il prit pleine conscience de ce miracle, tombant à genoux, il pleura à chaudes larmes en remerciant la vie, le ciel.... et surtout les violettes...

-------

Une heure plus tard, Marie montait avec une pleine théière de l'infusion préférée de Jean, elle savait qu'il ne pourrait discuter loin de Brinette, alors elle venait à lui. Mais quand elle arriva devant la porte restée grande ouverte de la chambre mauve, elle vit Jean aussi profondément endormi que Brinette. Il s'était installé sur le vieux fauteuil... Des marques de larmes se lisaient sur les joues des deux amoureux. Il faut dire que la vie avait été sacrément rude avec cet amour exceptionnel qui faisait autrefois l'envie de tous. Elle avait souvent eu Jean durant ces années et n'avait jamais compris son remariage. Elle avait toujours trouvé suspect l'annonce du décès de Brinette, mais tout comme Jean, noyée par le chagrin, n'avait pas analysé suffisamment les incohérences.
Lorsque Jean l'avait appelé hier au soir pour lui annoncer l'incroyable nouvelle, alors qu'il se rendait à la clinique chercher Brinette, bizarrement elle avait trouvé cela presque normal. Il faut dire que depuis 18 ans, Constance, son amie de toujours à qui l'on prêtait des dons un peu étranges lui répétait inlassablement
 - Elle n'est pas morte notre Poussinette, oh non elle n'est pas morte Brinette, elle est juste absente à elle même, mais un jour.....
Marie ne rétorquait rien, elle pensait à un déni provoqué par le chagrin... si elle avait su mettre bout à bout les incohérences qu'elle avait relevées avec les dires de Constance. Alors tant d'injustices et de cruautés auraient pu être évitées....
Mais l'heure n'était pas au regret car quelque soit la dureté des épreuves traversées,  elle était là leur Poussinette, oui elle était là... et il était près d'elle. Quelle joie immense la vie venait de leur offrir, comme un pied de nez aux chagrins passés.
Et le plus beau, c'est que Constance et elle étaient toujours en vie. Alors, au delà de la merveilleuse joie de savoir sa Brinette vivante, oui au delà de cela.....les mots secrets pourraient enfin être assemblés, "La Phrase Solaire" totalement dévoilée.... ils allaient triompher et le Clan, malgré son machiavélisme, malgré la cruauté de son chef et de Marianne envers Brinette et eux tous, le Clan avait échoué....
Alors, malgré tous les chagrins..... Ce jour était jour béni.
Elle posa le plateau sur un guéridon, mis une couverture sur les genoux de Jean et s'éclipsa pour une nuit qui serait sereine. Tout était bien, tout était juste, tout était à la bonne place.....

A suivre......

15 commentaires:

  1. "Ce n'est pas le moment des mots..."
    -C'est pourtant Milie, ce que tu fais!!!
    " Les mots, . Il faudra les choisir avec soin
    -C'est bien ce que tu fais!
    " nous nous devons de faire les choses par étape!"
    -C'est bien ce que tu fais, avec tes étapes"!!
    tu tiens tes promesses....!!
    tu es incomparable et on te suivrait jusqu'au bout du monde

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    1. Il faut choisir nos mots avec soin, car avec les mots on offre des émotions....
      C'est moi qui te suis au cœur de ta créativité, de tes voyages parfumés...
      Je te suis, tu me suis.... C'est beau la vie ! !

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  2. Merci Millie, je me régale en te lisant bisous et bonne soirée MTH

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    1. Toi tu es...toujours gentille...et ça c'est bien ! !

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  3. Bonsoir Milie jolie... c'est très émouvant ta plume et les mots choisis avec soin... personnellement je ne pourrais écrire un roman, je n'ai aucune patience pour le long terme.. c'est dommage quelque part, car la poésie de nos jours ne fait plus recette, le roman à sa chance.... Merci à toi... Bises

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    1. Tu n'as pas la patience, je n'ai pas la constance du quotidien....
      et c'est ça qui est bien
      Plein de bisous

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  4. HUUUMMM! c'est délicieux l'attente de l'épisode qui nous emmène voir Brinette... pauvre petite fleur violette.... et comme j'aime déjà cette Marie avec sa théière et sa chambre mauve... sa discrète Constance... et ses visions!
    Oui, continue Milie à nous faire attendre la suite de l'histoire, à calmer notre impatience, à titiller nos émotions...
    Alors à mardi prochain??? oui, nous serons là
    Bisous

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    1. Pourquoi les personnages naissent-ils dans nos têtes ??? je ne sais pas mais..tout comme toi, j'aime quand ils sont là ! ! Oui moi aussi Marie et Constance...je les aime
      Bisous

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  5. Eh bin Milie se retrouver après tant d'années et ne dire mot .. refouler toute sensation.. émotion ..dur dur pour Brinette on la comprend.. idem pour jean qui n'avait qu'une seule envie c'était de serrer dans ses bras sa cousette...oui mais après... bien. rester maître de la situation savoir attendre pour se dire se comprendre se retrouver là c'est du grand art en amour.....et puis il y aura des mots secrets des mots- dire a un clan a maudire et encore beaucoup a dévoiler a nous dévoiler....alors j'attends d'en savoir plus....mais.laisse moi penser que chez toi Milie les histoires d'amour finissent toujours bien en général ....alors a bientôt....big bisous Gigi

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    1. Tu sais finir bien est-ce finir ensemble ??? je ne sais pas encore les mots sortent de la tête d'Escargotte au fur et à mesure qu'ils veulent être contés.... Patience douce Régine....
      Plein de bisous et merci de ta fidélité...

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  6. Et tout à coup je comprends mieux le désir impérieux de broder des violettes hier … tout s"explique si on sait voir et trouver les choses

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    1. Alors... Quand Jean retrouva Brinette
      Nadine broda des violettes.....

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  7. j'ai envie de dire ..et..et...Maudite impatience !

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    1. Oui oui je comprends bien, mais là aussi il faut le temps des mots....
      Belle journée

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  8. je n'y avais pas pensé... mais c'est en lisant le com de Nadine... je réfléchis:
    Et si les violettes sur la table des Toquées mardi, étaient venues par Brinette??????????????
    Hé!Hé! quelle magicienne cette Milie... en aurait-elle semé partout dans mon jardin, tout exprès ?!

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Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!