Milie Coquille
l'escargotte qui semait du safran sur les étoiles.....

-Dis Milie ! ! pourquoi tu poudres les étoiles de safran ???
-Parce que, tu vois ! ! Il est grand temps de remettre... dans tout ça ! !
De la folie, de la couleur, des épices, il est grand temps de ré enchanter l'univers....

dimanche 28 décembre 2014

En cadeau la clef.......

Du bonheur....

Oui ce Noël nous a offert cette magie là !  !
Et qui en est la gentille fée créatrice ????

Reprenons la chronologie...

Ce 24 décembre minuit, encore une fois sans se montrer, 
le Père Noël est passé.
Sous le sapin les paquets brillent et scintillent...
Ma main est de suite, attirée par un qui me semble différent, 
un qui semble venir du pays de l'amitié..
J'ouvre avec palpitation, tendresse et respect et....
La suite est si belle, si touchante qu'elle se passe de mot...
Regarde plutôt....



Des tableautins brodés et inventés 
avec talent et tellement de gentillesse



que cela se ressent dans chaque point finement brodé...
Chaque détail raconte la volonté de donner, 
de faire plaisir, d'enchanter



- C'est une réussite totale -
Alors je suis émue, j'admire, je souris et j'envoie à ma Gigi 
365 grands Mercis, 
365 douces pensées, 
365 belles énergies




"Afin que l'amitié soit la clef 
de chaque jour de cette nouvelle année"

 Merci Merci Merci

dimanche 21 décembre 2014

Un solstice, une bouilloire, une larme…..

Il faut que je vous explique l'histoire depuis le début.... C'est Passion qui a écrit un très joli texte, un texte à penser, à se recentrer, à prioriser.... Mais en fait elle l'a écrit parce qu'une Licorne lui avait gentiment demandé.... Du coup, voulant aussi faire lui faire plaisir (à la Licorne) je me suis amusée avec les mots qu'elle avait souhaités.....
Hiver, nuit, magie, lumière, naissance......
Et voilà ! ! ! 
Si vous aussi vous souhaitez...c'est par ! !

Un solstice, une bouilloire, une larme



Elle aime tant cette soirée qui approche, elle aime tant ce solstice d’hiver qui offre la plus longue des nuits… Il faut dire que pour elle, la nuit est « La parenthèse », l’ouverture, dans ce monde de « trop de tout », d’un bel espace pour respirer,  penser  et enfin être…
Le monde d’aujourd’hui a trop de mots, trop de musiques, trop de gestes, trop  de meutes, trop d’objets, trop de lumière, trop de potentialités  et trop peu de possibilités…. Elle sait que pour elle dans ce « Trop de tout il y a si peu de place »…. Alors la nuit bien sûr !
Et puis, elle a depuis l’enfance cette certitude « Un des solstices qu’elle sera amenée à vivre lui offrira une surprise, une révélation, une magie comme on n'en rencontre qu’une dans sa vie.
Alors l’idée de tant d’heures de tranquillité et peut être d’un rendez-vous avec sa destinée lui font hâter le pas… 
Elle imagine déjà ses rituels
·         Papier, petit bois, bûche, allumette, feu
·         Bouilloire, eau, miel, thé
·         Livre ? Ouvrage ? Rêverie ?  L’instant lui dictera son choix
·         Vieux fauteuil, plaid, chat « Dentelle » sur ses genoux
Plus que 100 mètres et sa voiture la conduira à tout cela…..   Plus que 50 mètres… Plus que quelques mètres,  une silhouette est adossée contre sa voiture, elle ralentit, plus que 3 mètres, la personne lève la tête en sa direction et... le temps s’arrête, elle porte « L’écharpe de Juliette », la même qu’elle a portée si longtemps et qui ne quitte jamais la patère de l’entrée. Oh, bien sur, la couleur en est différente, mais  tout comme la sienne elle est délavée, usée, mitée et reconnaissable au premier coup d’œil. « L’écharpe de Juliette » seul souvenir tangible de cette grand-mère qu’elle a si peu connue et pourtant, tant aimée. Comment cela se peut-il ? S’arrachant  à l’attrait de l’écharpe elle lève son regard jusqu’au visage et reste sans voix…
C’est elle, c’est exactement elle qui se trouve devant elle ! !
Sans ne rien savoir elle comprend, elle ne sait pas comment, elle ne sait pas pourquoi. Elle sait seulement que ses prémonitions étaient justes et qu’à elle, elle la sans famille, cette nuit de solstice vient de lui offrir une sœur jumelle, de donner naissance à des promesses d'un futur magique et insensé …
Elles ont à cet instant la même larme, qui coule en faisant le même sillon, alors que le même sourire se dessine sur leurs lèvres et que les mêmes étincelles dégèlent leur cœur…
Elle s’approche, une main se tend, elle l'a prend et dit simplement…
« J’ai un deuxième fauteuil auprès du feu, nous avons toute la nuit pour nous raconter et…ça tombe bien c’est la plus longue de l’année…. »

Une valse parfaite......

Nadine, cette incroyable artiste textile, m'a demandé si je voulais bien lui écrire un "Texte à broder"... 
Sur que je voulais ! ! Sur que j'étais ravie ! !
Et voilà mes mots virevoltant sur un "dancing-floor" de coton.....
Et devenant grâce à son talent.. "Murmures d'étoffes"
Mille bravos et mille mercis
Elle est belle la vie ! !

« Une valse parfaite »




Tremblante, émue,  belle comme l’union de la lune et de la mousse…

Elle attend ! !

Elle est  là, elle est  prête…..

Et pourtant…. 
Pourtant  son  parcours n’a connu aucune évidence……

Elle est  née durant cette année terrible. Cette année  de misère qui a laissé tant de bleus, de bosses de cicatrices. Celle où  la  guerre des hommes s’est faite alliée à la sécheresse du ciel….. Pour détruire encore et toujours plus… 
Son existence n’aurait pas dû être, mais sans doute faisait-elle déjà partie de ceux qui ne renoncent devant aucun manque, aucune colère, aucun obstacle, aucune adversité….. Elle a grandi grâce à ceux qui, comme elle, ne voient pas les aléas du monde, mais mettent dans leurs gestes tant d’amour et d’inventivité qu’ils ne savent pas le sens du mot « Impossible ».  Elle s’est nourri de la volupté du vent, de la sagesse des coccinelles, de l’attention maternelle  de ceux qui lui offraient eau, chants sacrés et caresses…… 
Et puis toute à son but, elle avait avec bonheur épousé les transformations, accepté les séparations, les sacrifices... Tous ces rituels qui nous mènent peu à peu à ce que nous sommes vraiment…… Elle avait dû partir loin de sa terre natale et avait perdu le réconfort des mains connues et la litanie apaisante des chants protecteurs….
Elle avait dû renoncer à son identité, se transformer toujours et encore plus… 
Ce qui l’intéressait ce n’était pas de vivre longtemps une vie banale. Non, son but c’était de vivre, même un simple instant, le sommet, la consécration… "Le vertige du parfait…"

C’était naître et mourir dans la brillance, exister dans l’éclat, jouir de l’harmonieuse explosion des bulles des meilleurs champagnes, respirer l’encaustique des parquets de danse, s’amuser des douairières aigries essayant vainement d’empêcher l’amour, c’était la volupté des trois temps de Strauss, les candélabres aux mille feux,  les regards  de promesse, les montées de désir, l’abondance, l’excès, la folie de la nuit…..

Et d’un seul coup l’instant est là ! ! ! Elle sait qu’elle sera la plus belle, la plus regardée, la plus enviée… Elle sait que son éclat, sa perfection va ternir d’autres beautés, éteindre des  promesses, allumer des jalousies…  Elle sait aussi que dès demain elle sera délaissée à jamais, mais l’heure n’est pas à la chute mais bien au triomphe…. Sa douceur qui appelle les caresses, la perfection de sa ligne, l’éclat de ses perles parfaitement disposées……

Alors avant de passer la porte menant à la salle de bal d’où les premières mesures d’une valse romantique s’échappent…. Elle revit une dernière fois sa courte mais fulgurante ascension….

De coton, elle est devenue étoffe, d’étoffe elle est devenue coupon, de coupon elle est devenue la plus belle, la plus féérique, la plus regardée des robes  de ce bal des débutantes….

Un deux trois, un deux trois…..déjà elle voltige dans la perfection d’une valse…

Elle a réussi sa vie ! ! ! 




jeudi 18 décembre 2014

Partout on l'appelle Buchty mais......

Je l'appelle "La" Brioche, parce que si je ne devais avoir qu'une seule recette de brioche alors ce serait celle-ci....
Mais, comment la dire ??? comment l'expliquer ! ! 
Ah je sais.... la montrer et laisser ainsi le lecteur imaginer les plaisirs olfactifs et gustatifs qu'elle offre.....



En fait, la seule manière, la seule façon appropriée, c'est de la goûter mais...
"Pour ce faire il faut la faire"



J'ai la recette au Thermomix, mais évidemment elle est facilement adaptable...
Dans le bol, mettre 200 g de lait et émietter dedans 1 cube de 20 g de levure, ou 1 sachet de levure déshydratée.... puis 3 minutes 37° vitesse 3, ajouter alors deux œufs et mélanger 10 secondes vitesse 4. On rajoute 500 g de farine, 90 g de sucre et une bonne pincée de sel (à l'opposée du sucre) et position épi (pétrin) pour au moins trois, quatre  minutes, ensuite et seulement après les 4 minutes on continue le pétrissage en ajoutant petit à petit, de petits morceaux de beurre ramollis (120 g au total), vraiment petit à petit, on met un morceau on attend qu'il soit totalement amalgamé avec le pâton et ensuite un autre..... au total le pétrissage doit durer au moins 10 minutes..... à ce moment là, la pâte doit être molle mais ne plus coller aux parois, si c'était le cas, poursuivre le pétrissage pour lui donner plus de corps... verser dans un saladier, recouvrir d'un torchon et hop... dans un coin chaud (cheminée, radiateur, ou four éteint après avoir chauffé à 50°), laissez deux bonnes heures, puis verser sur un plan de travail, dégazer complètement le pâton mais avec douceur, et mettre en forme. Traditionnellement ce sont des alignements de boules qui forment un rectangle, on les dispose légèrement espacées elle se rejoindront à la pousse....


A ce moment le mieux est de filmer et de mettre au frais toute une nuit... Le lendemain, il suffira de mettre dans une pièce tempérée, de laisser pousser (toujours couvert) de nouveau... et hop...au four bien préchauffé à 170° pour 30 minutes (en baissant le four à mi-cuisson à 160°/150° selon votre four.....
A la sortie du four on nappe à chaud avec un mélange beurre fondu et sucre.... on passe une première fois, puis on repasse sur l'ensemble pour une deuxième couche...on attend un peu et voilà ! ! ! 
On peut aussi au moment de servir saupoudrer de sucre glace pour un effet plus hivernal ! ! 
Pour celles et ceux qui auraient un robot avec une cuve pétrin,  même déroulé, il suffit juste de tiédir légèrement le lait au départ, mais très légèrement.....



samedi 13 décembre 2014

...De ceux qui ont des articulations de boutons.....



Toc Toc Toc……


-      Mais qui donc frappe ainsi dans la nuit ?
-       Qu’importe ! Ouvrons vite, il y a peut-être urgence.
Je jette machinalement un regard sur l’horloge… Minuit pile, étrange.
On s’arrache à la tendresse de nos sommeils emmêlés. On ouvre et….  Personne !
-         "Ouf ! Merci les amis, je suis content d’être arrivé mais, 
fermez vite la porte maintenant que je suis... où je dois être…"
La voix vient du sol. On se penche et…quelque peu stupéfaits,  on découvre….

« Un lutin de la hauteur d’une marguerite ! ! »

 Je  t’assure Lecteur, chez nous… Un lutin de la hauteur d’une marguerite… Un vrai de vrai. De ceux qui  ont  des articulations de boutons, de ceux qui portent  sur leurs bras les signes de Noël, un lutin « roux magique » à bonnet vert et clochette rose. Un lutin précurseur de choses tellement incroyables que tu ne peux les imaginer et 
qu’il te faut seulement attendre de les vivre….

Alors tu vas me dire... Pourquoi ?? ? Comment ??? La suite ???
Peu importe...
Parce que tu vois, un Noël où la vie t’offre comme ami un authentique lutin né de l’union de la créativité et d'une véritable amitié
Et bien ce Noël là t’a tout offert…..

 Il s'appelle  « Orge d’Eclat »…  C’est beau, tu ne trouves pas ???
Alors je ne perds plus un instant je partage avec vous tous 
son image et ses beaux présages
Espérant que mon Artis’Anne, sa Fée Marraine ne m’en voudra pas 
de distribuer la possibilité de son rayonnement.
Parce qu' Orge d’Eclat….

"C’est un bon de réception et de dilatation de ta capacité au bonheur et tu le sais un bonheur dilaté c’est un bonheur amplifié, magnifié, protecteur… »

Alors, Lecteur, fais comme moi, 
saisis toi à pleines brassées de ce potentiel d’enchantement…  Parce que..
Parce qu’il faut tellement de jolis "Si" pour qu’un véritable lutin à articulations de boutons croise un jour ton chemin,
que lorsque cela arrive, on n’a plus aucun droit d’hésiter.

« On plonge dans la confiance des lendemains où l’on sait exactement 
ce que l’on doit faire, où l’on doit aller…. 
Et avec qui ! ! » 

"Orge d'Eclat"

samedi 6 décembre 2014

En grandes tartines gourmandes ou..........



En minuscules bouchées pour apéritif dinatoire..... 
En flot d'amis, en amoureux, au cœur d'un instant calme ou dans le brouhaha d'une folle soirée... 
A 10 heures, à 12 heures, à 14 heures 38 ou... 39...et même à l'heure de Cendrillon.......

Alors ! ! ! ! ! Un "Grand Merci" à toi Giny.....

Par ta demande de recettes à Passion, tu m'en a fait ressurgir le souvenir d'une qui mérite largement un deuxième acte....

 
Alors voilà.....
On émince finement (très finement) deux tendres blancs de poireau ainsi que des lardons. On met le tout à frémir à feu assez vif dans un peu d'huile d'olive (ou celle de ton choix) avec un peu de poivre  puis on laisse "compoter" tout cela à feu moyen....lorsque les blancs sont bien transparents et légèrement caramélisés, bien confits on remonte un peu le feu et on déglace au vin blanc.....
Il suffit ensuite d'y ajouter une demi boite de St Moret ou Philadephia ou de leurs cousins.....(ou un chèvre frais)
D'attendre sur feu moyen que le fromage devienne fondant, de "touiller" pour bien mêler le tout..... et de remplir joyeusement un joli pot..... hop au frais... Ne pas oublier de le sortir au moins 1 heure avant dégustation.......pour tempérer

Tu viens de prendre connaissance Lecteur, de la recette simple mais définitivement, irrémédiablement efficace des.....

"Rillettes de Poireau"

Regarde d'un peu plus près.... puis....
Un peu plus tard.... goûte....
et ensuite.....Ensuite seulement....raconte moi ! ! ! 
Raconte moi tes rillettes ! ! ! 

jeudi 4 décembre 2014

Viens partons ! Là ! Maintenant !


Viens, partons !

 Là !

Maintenant !

- Viens ! Partons
- Mais quand ?
- Là, maintenant
- Mais où ?
- Peu importe, mais partons...
- Mais longtemps ?
- Définitivement !
 
Le café qu'elle venait de lui servir fumait dans la tasse de fine porcelaine, les entrelacs de roses anciennes finement peintes dessus lui racontaient le confort, la douceur, le raffinement, le bonheur qu'étaient leurs jours. Les flammes dans la cheminée disaient la chaleur et la confiance. Par la fenêtre les paysages connus murmuraient le rassurant. « Et... », D'un geste gracieux elle lui montra cette pièce qu'il aimait tant, surtout dans le soleil couchant....
Il l’interrompit aussitôt, l’œil rieur et le regard plus amoureux que jamais....
- Mais ma Brinette, mon amour. Si ce confort nous interdit l'aventure, s'il brise les ailes de l'inconnu, alors il n'est plus confort.... Mais geôlier.. Il n'est plus épanouissant mais restreignant..... Allez Brinette de mon cœur ! Partons !
Au-delà du vieux portail, dont elle aimait tant le grincement annonceur de visites, le chemin lui racontait les nuits au clair de lune, les pommes maraudées, les vieilles granges squattées et déjà un sang plus vif que celui qu'offrait le quotidien pulsait dans ses rêves... Mais la raison n'entendait pas lâcher comme ça, elle lança une salve d'arguments...
"Et le froid ? Et la faim ? Et les bandits de grands chemins ? Et tes draps de flanelle ? Et ton vieux four qui cuit si bien les tartes tatin ? Et les premières fraises du jardin ??....
Jean devinait le combat...
"Madame la Raison serait-elle en train de mener une attaque en règle"
"Ah plus que ça ! Elle a même osé les tartes tatins"
"Mince ! Projet fichu....tué dans l’œuf par un vieux four et des pommes parfaitement caramélisées..."
Mais elle avait déjà oublié tous les objets qui les entouraient, elle ne vivait, ne respirait, ne palpitait que par lui et il le savait tellement.
"Mais non ballot, tu me laisses jusqu'à demain matin et en route...."
Elle se mit alors à tourbillonner comme une toupie, le téléphone coincé entre le cou et l'oreille, pendant que ses mains s'agitaient à mille choses....
Elle se sentait tellement bien. Sans précipitation ni regrets elle se préparait à connaître l'ailleurs.
Le confort illusoire ne les avait pas trompés longtemps.
Folette viendrait vivre ici dès demain, ses nombreux enfants empliraient mieux l'espace qu'eux deux ne l'avaient fait.... Le jardin connaîtrait enfin les bondissements enfantins, les cavalcades folles, les rires et les disputes de ceux qui apprennent la vie à travers la réalité des frères et sœurs.
Tout était bien, tout était à la bonne place.
Le lendemain elle déposa la clef dans le creux de la main de Folette qui n'en revenait pas d'une telle chance. Tandis que la sienne, libérée de ce symbole d'attache, vint se nicher dans celle de Jean. L'émotion en était la même que la première fois,  même frisson, même sensation d'être enfin complète, d'être totalement bien.
Et tranquillement, ils engagèrent leurs pas unis sur le chemin.

Vingt années plus tard.......

Assise depuis 18 ans toujours au même endroit, toujours sur la même chaise elle regardait par la fenêtre... Sûr de sûr... Il allait arriver.... Mais ! ! Etait-elle coiffée ?  N'avait-elle pas oublié de se parer des deux gouttes d'élixir de violette pour qu'il aime encore plus se nicher dans son cou ? Il faudrait qu'elle lui raconte comme les tartes aux pommes ici ne ressemblaient en rien à celles si savoureuses offertes, par leur vieux pommier et leur four qui les cuisaient si parfaitement... Et puis...
"Bonjour" la porte de sa chambre venait de s'ouvrir sur deux femmes, interrompant ses pensées.
"Bonjour, savez-vous si Jean va bientôt arriver ?"
La jeune femme qui était entré en premier se tourna vers une personne d'une cinquantaine d'années… Et sans aucun respect, ni pudeur pour Brinette dit...
"Je vous présente Brinette, elle est notre plus grand mystère, mais aussi notre patiente la plus facile.
Cela fait 18 ans qu'elle est ici, totalement amnésique elle ne se souvient que de cinq choses...
Qu'elle se parfumait à l'élixir de violette, que son four cuisait les meilleurs tartes tatins, qu'elle et son Jean auraient découvert un secret incroyable à St Jacques de Compostelle, qu'il l'appelait Brinette.
Mais surtout ! Ah oui surtout... Elle se souvient de son amour pour lui...ça elle s'en souvient parfaitement et nous en rabâche les oreilles depuis son arrivée. A par cela elle fait de longues marches, des boucles autour du parc (Pour être prête à reprendre la route avec lui dit-elle), mais rentre toujours pour cinq heures pile.....pour reprendre sa surveillance...Elle dit que c'est l'heure où ils se sont rencontrés, l'heure où il va revenir..... Bref elle est folle.... Autrement, aucun autre indice sur qui elle est vraiment.  Aucune disparition n'a pu lui être liée.... Alors on s'en occupe et...elle...elle attend son Jean..."

"Pensez-moi folle... Et peut-être le suis-je ? Je sais que ma tête a oublié des choses, sans doute n'étaient-elles pas assez importantes pour qu'elle les retienne.... Je suis juste de celles qui ne s'encombrent que d'essentiel...mais je sais, je sais parfaitement que mon Jean va venir me chercher, d'ailleurs si cela ne vous ennuie pas je vais de nouveau le guetter..." à ces mots, qui congédiaient en douceur les deux femmes, son regard se remplit d'un amour incroyable et elle tourna gracieusement la tête vers la fenêtre.... Il était évident que le reste ne l'intéressait nullement.....

L'autre personne, la nouvelle employée eut, malgré l'émotion de la revoir  un sourire satisfait. Ainsi le Comité avait raison, elle avait perdu la tête et elle n'était pas dangereuse, d'ailleurs elle en était sûre, elle ne l'avait pas reconnue... Bien sûr elle semblait se souvenir d'un secret, mais manifestement ne savait plus lequel, et puis cet enfermement du à son amnésie était leur meilleur garant, elle ne pouvait rien divulguer  et surtout elle ne pouvait rechercher Jean. Son rôle de surveillance allait être simple....... Elle était barrée la "Brinette" toujours aussi belle, malgré les années.... Mais totalement cramée....belle vengeance pour elle qui n'avait jamais pu vraiment lui prendre Jean..... Bien sûr il l'avait épousée, elle Marianne, croyant Brinette morte, elle avait su si bien jouer les consolatrices. Mais elle savait qu'il ne l'avait jamais aimée, qu'il était resté fidèle à son seul amour, sa Brinette. Et pourtant, pourtant depuis vingt ans elle en était folle.... Mais son cœur à lui ne battait que pour cette demeurée... A ces pensées, un flot de haine l'envahit mais elle se résonna, maintenant qu'elle était en place, jamais, jamais ils ne se reverraient. En accédant à ce poste, elle savait que la sauvegarde du secret gardé par le Comité et la chance de garder Jean étaient totalement assurés. S'ils savaient, s'ils savaient l'un et l'autre qu'ils n'étaient séparés depuis 18 ans que par moins de 20 kilomètres.... Elle partit tranquille,  Jean était définitivement à elle....Définitivement.

Si elle avait pu voir l'étincelle dans les yeux de Brinette, dès qu'elle l'avait aperçue, sans doute se serait-elle plus inquiété... Brinette l'avait parfaitement reconnue, mais elle avait instinctivement masqué toute réaction... Pourtant son calme n'était qu'apparence, sous son air aussi serein que les autres jours, son cœur était en course folle, quand à son cerveau qu'ils croyaient tous fou, il venait par cette apparition de se remémorer.... pourquoi, où, quand, comment... Le choc était d'une violence inouï, pourtant elle réussit par je ne sais qu'elle miracle et volonté, à n'en laisser rien paraître.....
Heureusement les deux soignantes avaient quitté les lieux. Elle prit alors soin de s'enfermer dans sa salle de bain, de faire couler l'eau pour masquer tout bruit et laissa enfin déborder souvenirs émotions et larmes.... 5 minutes elle se donnait 5 minutes pour se ressaisir, ensuite jouer le rôle, parfaitement le jouer, continuer de leur faire croire qu'elle était toujours amnésique, docile et un peu folle..... Et.... Et... elle ne put rien faire de cela elle s'effondra, totalement ravagée. Un flot de souvenirs l'inondait, créant un tsunami émotionnel dévastateur. Le manque de Jean devenait insurmontable. Avec le retour des souvenirs était revenu le retour des sensations et elle avait totalement besoin de sa peau, de ses bras, de ses mots.... Mais l'espoir de retrouver son seul amour, cet espoir qui l'avait rendue indestructible, cet espoir qui ne l'avait jamais quitté durant ses années d'errance venait d'être brisé avec une violence inouïe car elle avait compris, oui elle avait tout de suite compris que Marianne était à lui et.... qu'il était à elle... Elle avait aperçu le feu de sa pierre de fiançailles et l'éclat de son alliance...
Hurler, s'effondrer, mourir là tout de suite, mais ne plus subir la douleur... Elle vivait la pire des situations…
"Retrouver la mémoire et perdre Jean"
Elle n'aurait pas la force, il fallait qu'elle disparaisse là, tout de suite, dans l'instant, c'était la seule solution pour que cesse cet immonde cauchemar.
Au fond du couloir l'infirmerie, vide à partir de 20 heures, il lui suffirait durant la nuit... avec un grand verre d'eau et la paix descendrait en elle, certes elle partirait dans une tristesse et une solitude totale mais elle n'aurait plus à subir ce calvaire....

"Jean comment as-tu pu ???.... Qu'as-tu fait de notre amour, de tes serments d'éternité ?? De notre histoire que tu disais unique et légendaire ?? Qu'as-tu fait de tes mots qui disaient "Après toi je ne pourrai plus jamais aimer, je ne pourrais plus jamais une autre peau...". Jean comment as-tu pu ? Alors que du fond de mon amnésie je ne t'ai pas oublié un instant ?  J'aimais cette pensée… "Si ma tête est devenue vide, c'est pour laisser toute la place à mon Jean". Je me fichais alors de ne pas avoir d'autres souvenirs, puisque tu étais Mon Souvenir".
Ne pas laisser la haine déferler, pourtant, elle la sentait grandir en elle comme un animal féroce, "Non il ne faut pas, il ne faut jamais la haine"...mais comment faire autrement alors qu'elle devait à Marianne son accident, suivi 18 ans de non vie, 18 ans d'enfermement durant lesquels son bourreau était dans les bras de son amour ? Quelle horrible réalité...
"Jean comment as-tu pu ?" 18 ans à guetter par la fenêtre un homme qui caressait une autre femme, qui murmurait l'amour à leur ennemi. Pourtant, il savait qui était cette femme et de quoi elle était capable.  "Jean comment as-tu pu ?"
Alors elle lui parla pour la dernière fois :
"Jean si la situation avait été inverse, je n'aurais jamais... mais jamais un instant durant ces années, cessé de te rechercher, visitant chaque maison, interrogeant chaque personne, toujours et encore sans jamais me lasser, sans jamais renoncer.  Retournant chaque pierre, marchant jusqu'à l'usure, scrutant jusqu'à la brûlure, cherchant et cherchant encore juste qu'à te retrouver. Et toi ! Toi, tu t'es contenté de m'oublier dans les bras d'une autre.
Et quelle autre ! Désolée, je ne suis pas équipée contre une telle trahison, une telle déception, alors......"
18 heures à sa montre, encore deux heures avant que l'infirmerie ne soit livrée à la solitude, deux heures avant la paix finale.
Elle ouvrit un livre, sachant qu'elle n'aurait même pas la force d'en comprendre le moindre sens et pourtant le destin n'est jamais loin, ses yeux se posèrent sur seul le mot capable de la retenir....
"Secret".
Aussitôt elle sut que son calvaire ne prendrait pas fin, elle était détentrice "Du Secret" et n'avait ni le droit ni le choix... Il fallait qu'elle vive pour honorer sa parole et mettre en place ce qu'elle avait promis. Alors, à défaut de mourir elle fit la seule chose possible pour survivre et mener à bien sa mission,
Elle détruisit avec l'aide de la colère, de la désillusion et de la douleur, son potentiel d'amour, d'empathie et de tendresse. Elle saccageât  sa capacité de ressentir, de vibrer, de s'attendrir, d'aimer.

"Viens, partons, là ! Maintenant".... Quelle dérision, quelle naïveté, quelle illusion.

Elle capable d'abandonner tasses en porcelaine anglaise, vie douillette et sécurité juste par amour...  Elle, si douce, n'avait d'autre choix, pour survivre que de devenir une femme sans âme, sans cœur, sans émotion. A cet instant la douceur que l'on pouvait toujours lire dans ses yeux fit place à un regard de givre....l'amour n'existait plus....
Le combat allait être terrible pour ceux qui allaient se trouver sur sa route....

Le lendemain, elle avait repris son poste, surtout ne rien changer, mais ses yeux, s'ils regardaient toujours dehors, ne guettaient plus l'illusion, ils traquaient le moindre indice, la moindre information. Lorsque la porte s'ouvrit, c'est un visage paisible qu'elle offrit aux regards de Marianne. Cette dernière jubilait et jouant sur l'amnésie de Brinette osa même la pure méchanceté.
" Bonjour, déjà à surveiller "Le fameux retour" ? Je vous comprends tellement, comme le vôtre mon amoureux s'appelle Jean, hier au soir il m'a fait la surprise d'une soirée de rêve, opéra, diner aux chandelles et... nuit magique, depuis tant d'années son amour et sa tendresse ne faiblissent pas... Au contraire chaque jour nous rend plus fous l'un de l'autre. Mais désolée je parle de moi, comment s'est passé votre nuit ?"
"Très bien, j'ai rêvé du mien de Jean. Il me chantait "L'amour est un parfum de violette", il ne supportait pas l'amour sans le parfum de ces fleurs...."Elle retourna la tête vers la fenêtre, l'air serein et vague. Marianne sortit de la chambre heureuse comme un pinson, ainsi Brinette était vraiment folle, elle n'avait pas eu la moindre réaction à son discours sur Jean et elle venait de lui donner de précieuses infos. La libido de Monsieur se réveillait donc au parfum de violette ! ! Dès ce soir elle en inonderait son corps et sa chambre alors peut être consentirait il a revenir dormir près d'elle, à reposer ses mains si douces si chaudes sur sa peau qui n'en pouvait plus de frustration.
Dans sa chambre Brinette retrouva un semblant de sérénité. Elle avait lu l'aigreur sur le visage de Marianne, les rides de dépit à la commissure des lèvres, la tristesse et le renoncement au fond de ses yeux, elle avait décelé les mensonges dans le récit de leur soirée, ce n'était pas un couple heureux ! ! Et surtout, elle venait de réussir, avec une facilité déconcertante, à poser son premier piège sans même bouger de sa chaise........Maintenant tout allait s'enchaîner....
Elle était prête....
Ce soir-là, lorsque Marianne franchit la porte de leur maison, Jean était comme à son habitude enfermé dans son bureau. Il avait fait de cette pièce son lieu de vie, muraille infranchissable, espace de tous les évitements. Généralement elle en était blessée, mais pour une fois, elle ne s'en formalisa pas, bien au contraire, cela arrangeait parfaitement ses plans.
Presque tout était en place, elle avait dévalisé sa parfumerie habituelle en n'achetant que des choses inhabituelles, bain moussant, crème onctueuse, bougies mauves et tendrement odorantes, élixir précieux, le tout bien sûr à la violette. Puis s'était arrêté chez "Voile de Désir" où elle avait déniché un sublime déshabillé arachnéen couleur... violette. Pour parfaire le tout, un petit tour chez "Brillon" le meilleur pâtissier de leur région, justement réputé pour ses tatins. Elle pressentait que tout allait être parfait, oui c'était le mot : parfait. Cette pauvre folle en plus de l'information si précieuse du parfum de violette lui avait en prime donné le sésame de la tarte tatin.
Plus qu'une heure, une heure de rituel de beauté, de stratégie amoureuse et enfin il serait vraiment à elle, oui cette fois elle le tenait...grisé par son parfum il entendrait enfin tout l'amour qu'elle avait à lui offrir, il verrait à quel point ils se désiraient l'un et l'autre et, désespéré par toutes les années perdues, il lui donnerait le meilleur pour essayer de rattraper les caresses, la tendresse, la passion. Elle imaginait déjà les réveils langoureux après des nuits si sensuelles qu'elles en seraient sans sommeil. Durant toutes ces années de frustration où il ne l'avait pas touchée, elle avait inventé les gestes les plus osés, les harmonies de corps les plus extrêmes. Il allait voir ce qu'on appelait l'amour, il allait ressentir ce qu'on appelait le plaisir, l'extase.... A tout cela s'ajouteraient croisières, séjours dans les endroits les plus huppés de la planète, soirées au théâtre ou à l'opéra, repas dans les palaces, bref tout ce qu'il n'avait pas voulu jusqu'à ce jour.... Et toute la jet set verrait enfin comme elle était une femme aimée.
Jean attendit un long moment après que la porte de la chambre de Marianne eut claqué pour sortir de son repaire.  Et là… Juste là, à peine la porte de son bureau franchie un choc inimaginable et d'une violence inouïe le laissa sans souffle, des flashes lui brouillèrent la vue alors que son cerveau se refusait à toute analyse, sa poitrine se mit à le brûler, ses jambes n'avaient plus aucune force, il avait l'impression de se liquéfier. Il essaya de respirer calmement mais en vain.
Pour la première fois depuis 18 ans il venait de respirer l'odeur de sa Brinette, l'odeur surannée et tant aimé de violette et la secousse émotionnelle qui s'en suivait le rendait inapte à tout.
Ce parfum lui disait tant de choses, l'amour intense qu'il avait toujours pour elle. Sa faiblesse, face aux caresses expertes et consolatrices de Marianne qu'il n'avait pas su repousser lorsqu'il était au fond de la souffrance. Mais plus grave et tout à la fois plus merveilleux. Ce parfum venait de lui dire qu'elle était en vie, que l'horreur de sa mort était un leurre, un complot visant à les séparer pour préserver la partie sombre du "Secret" et à le faire tomber dans les bras de Marianne. Mais comment avait-il pu être aussi faible, aussi peu à la hauteur de cet amour exceptionnel ? Depuis 18 ans tous les jours un bouquet de violette à la main, il allait sur la tombe de son amour alors qu'elle était en vie mais surtout depuis 17 ans il était marié avec une autre, avec leur pire ennemie.
"Si un jour la vie nous sépare, mon Jean, si je suis dans l'incapacité de te rejoindre alors... Alors pour te rassurer, pour te faire savoir que je t'aime toujours autant, je te ferai parvenir le parfum des violettes" Il avait ri à l'époque "Pourquoi et comment veux-tu que quelqu'un soit assez fort et pervers pour nous séparer ?" Mais elle avait insisté "Je te le redis mon Jean, je te ferai parvenir le parfum des violettes".
Tout se mêlait dans sa tête, la joie de la savoir vivante mais aussi la colère et la haine contre lui mais aussi contre Marianne et son clan.
Se croyant veuf, voulant préserver la partie lumineuse du secret et aussi par faiblesse, il avait épousé leur pire ennemi
Surtout ne pas croiser cette harpie ce soir, il ne pourrait pas se contenir et mettrait Brinette en danger. Surtout faire comme de si de rien n'était, mais pour cela il lui fallait du temps, reprendre son calme, élaborer un plan, dévier les soupçons. Il griffonna un mot qu'il savait cruel et qu'il posa sur le guéridon de l'entrée "je sors, je mange avec une amie, ne m'attends pas". Avant de sortir il passa par la cuisine, il avait besoin d'un grand verre d'eau et là, deux jolies tartes tatins posées sur des assiettes au design prétentieux confirmèrent cette incroyable nouvelle et attisèrent sa haine pour Marianne, pour ne pas exploser les assiettes en mille morceaux, il se hâta de sortir et s'enfonça dans le soir pour une nuit qui n'allait pas être simple. Dans sa chambre Marianne venait d'enfiler son déshabillé mauve dont la douceur sur sa peau nue attisa le désir qu'elle avait de Jean.
Le destin qui décidément ce jour-là n'en pouvait plus des complots et des mensonges, mit un indice droit dans les pieds de Jean, juste devant la voiture de Marianne il vit une enveloppe qu'elle avait dû faire tomber sans s'en apercevoir tout à l'affolement de ses préparatifs. Jean ramassa l'enveloppe et l'ouvrit.  "Chère madame...  Veuillez trouver ci-joint votre contrat de travail au sein de notre clinique spécialisée..." Deuxième choc, Brinette était malade et Marianne qui n'avait aucun besoin de travailler avait été jusqu'à se faire embaucher pour mieux la surveiller. Il ne posait jamais de question sur son emploi du temps, mais effectivement depuis quelques jours elle était plus absente de la maison, il s'en était réjoui, s'il avait su ! !
Alors sans réfléchir il monta dans sa voiture et alla chercher Brinette, il ne savait pas et ne voulait savoir rien d'autre que cette évidence... "La retrouver avant que Marianne ne pique sa colère à la frustration de son absence et à ce mot qu'il avait écrit dans la hâte et le tumulte des émotions. Il la connaissait et aux mots "Je mange avec une amie" elle allait devenir folle et risquait de  se venger sur Brinette.
Dix-huit kilomètres sans réfléchir, en pilote automatique, dix-huit kilomètres à rester fixé sur cette seule priorité "la retrouver avant" Heureusement, il connaissait bien l'endroit, il avait un ami bouquiniste juste à côté de la clinique. C'était terrible il venait s'acheter des livres à 200 mètres de l'endroit où était enfermé Brinette, depuis quand ? Non pas de question, surtout pas. De l'action, de l'efficacité. Deux virages avant d'arriver à la clinique, une silhouette avec deux valises posées près d'elle attendait sous un abri bus, une silhouette qu'il aurait reconnue entre mille, son cœur explosait et pourtant calmement il arrêta la voiture à sa hauteur, ouvrit la portière se saisit des deux valises et jugulant son envie de la prendre dans ses bras dit juste.
"Monte tu es en danger, on parlera plus tard, mais je t'en supplie monte..."
Elle ne réfléchit pas une seule seconde et s'engouffra dans sa voiture. A côté de lui, elle était à côté de Jean, elle s'enfonça dans le siège et ferma les yeux. Surtout ne rien ressentir, ne se permettre ni émotion, ni analyse, se concentrer sur l'odeur du cuir, la douce chaleur et ce soulagement qui l'avait saisie instantanément dès qu'elle l'avait reconnu. Elle était près de Jean ! Rien ne pouvait lui arriver.
Il démarra la voiture aussitôt et ils roulèrent longtemps sans échanger un seul mot.
Elle était près de Jean !
Jean, quand à lui, essayait de gérer au mieux, mais son cœur menaçait d'exploser à chaque seconde, il pleurait sa mort depuis 18 ans et voilà qu'elle était tout près de lui, fragile, fermée, mais là et surtout « Vivante », oui vivante ! Le parfum des violettes ne l'avait pas trompé, comment avait elle fait pour le faire parvenir jusqu'à lui ? Non pas de question et surtout pas de mot, les mots les premiers qu'ils échangeraient, ne pouvaient être dits comme cela. Alors...oui, alors savourer le miracle, ne pas laisser le reste s'interposer devant cette seule évidence, cette seule importance "Elle était vivante et près de lui". Son unique priorité devait être de rouler, s'éloigner, la mettre en sécurité, pour le reste, ils auraient le temps.
Mais malgré leurs efforts, ce qui se passait dans cette voiture était d'une intensité invraisemblable, d'une puissance émotionnelle à peine supportable.
Avant l'apparition quasi miraculeuse de Jean, Brinette avait mis son plan a exécution. Elle avait attendu que la veilleuse de nuit se pose devant son film, pour sortir discrètement par sa porte fenêtre. Elle savait que l'on ne revenait jamais la voir. Il faut dire que depuis 18 ans elle n'avait jamais posé le moindre problème, ni eut besoin de quoi que ce soit. Alors dès 19 heures elle ne revoyait personne jusqu'au lendemain. Elle avait prévu de prendre le bus de 20 h 10 pour le centre-ville, puis de se diriger vers la gare afin de se rendre en train à Périgueux. Ensuite se débrouiller pour gagner "Courtelaine", elle n'avait pas encore décidé comment, elle aviserait sur place.
Elle ne pensait qu'à cela depuis qu'elle avait retrouvé la mémoire, fuir cet endroit, se réfugier à Courtelaine où elle serait à l'abri du danger que représentait le clan maintenant qu'ils l'avaient retrouvée. Mais une fois dehors elle avait déchanté, affronter seule, dans une telle fragilité émotionnelle la nuit et l'aventure. Elle avait hâte que le bus arrive, elle espérait qu'en s'éloignant elle reprendrait force et courage, mais elle doutait de sa capacité à mener à bien tout cela. Et puis, comme dans un film, elle avait vu surgir Jean et s'était en quelques secondes retrouvée tout près de lui, dans cette voiture très confortable qui lui ressemblait si peu. Elle était à côté de Jean, il allait bien, il était toujours aussi magnétique... Et pourtant..... Quel méli-mélo dans sa tête. Ne rien dire, se concentrer sur la route, refouler toute sensation, toute... Elle explosa en sanglots...
Jean en eut le cœur brisé,  il n'avait qu'une envie s'arrêter, la regarder, la serrer dans ses bras, la réconforter, la rassurer et.... l'embrasser jusqu'à en perdre le souffle.
- Ma Cousette...
Ce nom, son nom à lui pour l'appeler dans les moments les plus tendres, ce nom qu'elle aimait tant et qui la faisait chavirer, lui avait échappé, "Sa Cousette"... Il l'avait nommée ainsi car lors de leur première rencontre elle brodait en plein parc public et ne l'avait même pas regardé tant elle était concentrée sur son ouvrage, par la suite elle était toujours une aiguille et un fil de couleur à la main en train d'inventer des univers cousus ou brodés. Elle ne réagit pas à ce tendre surnom, noyée dans son chagrin, ses peurs, ses déceptions.
Il reprit.
- Ce n'est pas le moment des mots... Les mots, les premiers seront porteurs de trop d'attentes, d'enjeux, de sentiments.  Il faudra les choisir avec soin car ils pourront être merveilleux ou terribles... Blessants ou réparateurs... Alors.... Même si c'est immensément compliqué, nous nous devons de faire les choses par étape. Et là, la priorité c'est "Courtelaine" je pense que c'est le seul endroit.
Elle venait d'entendre sa voix. Elle venait de recevoir en plein cœur la voix de Jean, la seule voix au monde capable tout à la fois de la faire frissonner d'émotion et de la rassurer. Alors entre deux accès de larmes, elle dit juste.
- Bien sur Courtelaine c'est une évidence. C'est là que j'espérais me rendre, je ne sais pas si j'en aurais eu la force, mais c'est là que je souhaitais aller. Alors merci d'avoir surgit de la nuit, le reste oui, le reste attendra.
Elle ne posa aucune des milliers de questions qui lui brûlaient les lèvres, qui lui ravageaient le cœur. Non pas qu'elle lui ait pardonné quoi que ce soit, ni qu'elle ait oublié qu'il était marié à Marianne mais il avait raison, ce n'était pas l'heure d'une si grave discussion.
Lui aussi eut le choc de la voix de Brinette mais il  se força au silence. De toute façon, par sa faute tout était tronqué, et il le savait, il faudrait du temps, beaucoup d'explications, de discutions, de force. Pour l'instant il n'avait droit qu'aux mots banals et.... parler de manière banal à sa Brinette, son grand amour qui venait de quasiment  ressusciter sous son regard, lui était totalement impossible et puis comme il l'avait dit l'heure était à la fuite. Alors ne pas entendre le désespoir de sa Cousette, rester muré, ne pas penser, les yeux rivés sur le bitume, l'esprit centré sur leur destination, "Courtelaine" il n'y aurait que là-bas qu'ils pourraient reprendre leur souffle, poser un peu toute cette tempête émotionnelle et surtout essayer de débroussailler cet incroyable imbroglio qui les avait séparés.
Brisée par l'émotion, bercée par le ronronnement du moteur et malgré tout rassurée par la présence de Jean, Brinette fini par s'endormir. Jean osa alors la regarder, Dieu qu'il l'aimait, Dieu qu'elle était belle cette femme de 45 ans qui était la sienne, oui quoi qu'il se passe, c'était elle et elle seule son épouse, car n'étant pas veuf, son simulacre de mariage avec Marianne était d'office caduque, cela ne diminuait en rien son énorme faute, son attitude qu'il jugeait indigne, mais simplifiait quand même grandement la situation au moins d'un point de vue administratif parce que pour le reste.... Mais quand même,  il était marié avec Brinette, elle était SA femme et cela lui suffisait, dans un premier temps, pour trouver la force d'affronter toutes les difficultés présentes et à venir.
Il arriva vers 2 heures du matin, Brinette ne calcula rien, ni le crissement rassurant des graviers de Courtelaine alors qu'ils s'engageaient dans l'allée centrale, ni Jean la prendre dans ses bras avec un amour infini, ni le visage plein d'anxiété, de larmes mais aussi de joie de leur hôte "Marie de Courtelaine" qui se contenta de dire " "Oh mon Jean, oh ma Brinette j'ai tant prié pour vous deux, mais vas vite la mettre dans un bon lit, j'ai, bien sûr fait préparer la chambre mauve" Jean lança un regard plein de tendresse à Marie et monta aussitôt avec son précieux chargement, il bénissait chaque marche de faire durer le bonheur infini de l'avoir tout contre lui. "Dieu qu'il l'aimait", Dieu qu'elle était belle et douce, Dieu que sa peau sacralisait le parfum des violettes, Dieu que son cœur se dilatait à toutes ces sensations retrouvées pendant que le trop plein d'émotions se libérait en larmes retenues, elle était vivante, elle était là... et pour ce soir cela seul comptait.
Après l'avoir déposée avec une tendresse infinie dans le lit à édredon dodue parsemé de violettes, il se permit un doux baiser dans ses cheveux, la regarda un instant avec une intensité émerveillée, puis s'arrachant avec regret, descendit voir Marie. Ils avaient  beaucoup à dire, beaucoup à raconter....
Mais chaque pas qui l'éloignait de Brinette lui semblait infranchissable, il ne pouvait pas la laisser, non il ne pouvait simplement pas, alors il retourna sur ses pas, ouvrit la porte juste pour encore la regarder, pour encore s'émerveiller.
Et là, !  Là il prit pleine conscience de ce miracle, tombant à genoux, il pleura à chaudes larmes en remerciant la vie, le ciel.... et surtout les violettes...
Une heure plus tard, Marie montait avec une pleine théière de l'infusion préférée de Jean, elle savait qu'il ne pourrait discuter loin de Brinette, alors elle venait à lui. Mais quand elle arriva devant la porte restée grande ouverte de la chambre mauve, elle vit Jean aussi profondément endormi que Brinette. Il s'était installé sur le vieux fauteuil... Des marques de larmes se lisaient sur les joues des deux amoureux. Il faut dire que la vie avait été sacrément rude avec cet amour exceptionnel qui faisait autrefois l'envie de tous. Elle avait souvent eu Jean durant ces années et n'avait jamais compris son remariage. Elle avait toujours trouvé suspect l'annonce du décès de Brinette, mais tout comme Jean, noyée par le chagrin, n'avait pas analysé suffisamment les incohérences.
Lorsque Jean l'avait appelé hier au soir pour lui annoncer l'incroyable nouvelle, alors qu'il se rendait à la clinique pour chercher Brinette, bizarrement elle avait trouvé cela presque normal. Il faut dire que depuis 18 ans, Constance, son amie de toujours à qui l'on prêtait des dons un peu étranges lui répétait inlassablement
 - Elle n'est pas morte notre Poussinette, oh non elle n'est pas morte Brinette, elle est juste absente à elle-même, mais un jour.....
Marie ne rétorquait rien, elle pensait à un déni provoqué par le chagrin... si elle avait su mettre bout à bout les incohérences qu'elle avait relevées avec les dires de Constance. Alors tant d'injustices et de cruautés auraient pu être évitées....
Mais l'heure n'était pas au regret car quel que soit la dureté des épreuves traversées,  elle était là leur Poussinette, oui elle était là... et il était près d'elle. Quelle joie immense la vie venait de leur offrir, comme un pied de nez aux chagrins passés.
Et le plus beau, c'est que Constance et elle,  étaient toujours en vie. Alors, au-delà de la merveilleuse joie de savoir sa Brinette vivante, oui au-delà de cela.....les mots secrets pourraient enfin être assemblés, "La Phrase Solaire" totalement dévoilée.... ils allaient triompher et le Clan, malgré son machiavélisme, malgré la cruauté de son chef et de Marianne envers Brinette et eux tous, le Clan avait échoué....
Alors, malgré tous les chagrins..... Ce jour était jour béni.
Elle posa le plateau sur un guéridon, mis une couverture sur les genoux de Jean et s'éclipsa pour une nuit qui serait sereine. Tout était bien, tout était juste, tout était à la bonne place..... 
Elle marchait dans le parc avec Constance, pour l'instant celle-ci ne disait rien, elle attendait que les émotions s'apaisent, elle attendait le juste moment. Deux jours ! Deux jours qu'ils étaient à Courtelaine.... Heures hors du temps, irréelles emplies d'abattements, de péripéties, d’émotions, de doutes, de surprises, de déceptions, d’espoirs, qui se télescopaient dans sa tête à une vitesse folle.
Tout était tellement compliqué et elle était devenue si fragile. Elle s'était tout de suite nichée dans ce cocon fait de l'affection, de la douce sollicitude de Marie, de l'amitié joyeuse, pétillante et colorée de Constance et aussi il fallait le dire de l'amour de Jean. Car il l'aimait, de cela elle ne pouvait douter. Il l'aimait et n'avait certainement jamais aimé qu'elle. Et cet amour l'enveloppait d'une aura rassurante. Mais il y avait un Mais, un Mais infranchissable, un Mais fait de déception, de chagrin et de colère. Bien sûr, il la tranquillisait et elle était bien en sa présence mais aucun élan ne la poussait vers lui. Pas une fois elle n'avait ressenti le besoin de ce geste qu'elle aimait tant autrefois, celui de passer la main dans ses cheveux.
Comme tout cela était triste et bien loin des retrouvailles dont elle avait si longtemps rêvé. Sa vie avait pris tellement de virages inattendus qu'elle en était totalement perdue.
En plus de l'infidélité de Jean avec la fin de son amnésie était revenu le souvenir le plus perturbant qui soit, celui de l'agression dont elle avait été victime il y a dix-huit ans. Quelquefois ces deux évènements l'envahissaient tellement qu'elle en aurait presque souhaité replonger dans l'amnésie. Son agression, cette simple seconde qui avait tout fait basculer. Elle revoyait parfaitement la scène. Marianne lui disant "Jean t'attend près du parapet, fais vite il doit s'envoler pour Barcelone" alors, comme chaque fois qu'il était question de Jean, elle n'avait pris le temps de rien, elle avait couru, couru, cœur léger, sourire aux lèvres... Plus que quelques mètres, une poignée de secondes et elle serait dans ses bras, dans son odeur, dans sa force. Un bruit de course derrière elle, Jean ? Elle se retourna, vit le sourire mauvais de Marianne eut le temps d'apercevoir qu'elle tenait un énorme bâton et le trou noir. L'immense trou noir de dix-huit ans. La jalousie et la haine lui avait fait tout perdre, son histoire d'amour, cette confiance immense qu'elle avait dans la vie et les autres et un quart de son existence.
Aujourd’hui, en début d'après-midi, elle avait pu enfin d'une voix hachée raconter cette sordide histoire à Jean, Marie et Constance. Elle avait vu peu à peu, au fil de son récit, les visages se décomposer sous l'effet de l'horreur, de la  colère, du chagrin. Jean était totalement ravagé, il avait épousé cette chose monstrueuse, ce démon à l'origine de tout ça.... "Ma Cousette", une fois encore ce nom lui avait échappé. Elle le regarda, à cet instant elle sut qu'il se haïssait et elle ne put rien faire pour l'aider. Marie avait fermé les yeux  et un léger mouvement de ses lèvres montrait qu'elle s'était réfugiée dans la prière pour ne pas sombrer. Constance joua alors parfaitement son rôle de femme forte. Elle distribua des ordres, car elle savait que seule l'action les sortirait de la vision d'épouvante où le récit de Brinette, qu'ils aimaient tant, les avaient plongés.
"Jean, entre ce que tu as accumulé comme éléments et documents divers au cours de ces années et le récit de cette agression, on a cette fois suffisamment de preuves pour faire arrêter tout le clan. Tu fonces à la gendarmerie, il faut d'urgence les mettre hors d'état de nuire. Marianne, après ton abandon et la fuite de Brinette, demeure plus que jamais un énorme danger."
"Marie, la meilleure façon de faire face, même si l'on n'a qu'une envie, celle de se mettre en boule dans un coin,  c'est de mettre du beau du bon dans nos vies, alors tu vas dans le cellier, tu choisis les plus belles de tes pommes et tu nous fais la meilleure des tartes tatins de toute ton existence.
"Brinette, ma Brinette je n'aime pas dévoiler mes voyances, mais là j'ai des choses à te dire, alors allons faire quelques pas dans le parc"
Jean, qui n'avait qu'une envie celle de serrer encore et encore Brinette dans ses bras, comprit à quel point ce droit, il l'avait perdu. Marianne était une amante experte, pleine d'inventivité et totalement dénuée de tabou et dans la douleur du décès de Brinette, il s'était souvent, les premiers temps de leur union perdu dans les voyages de plaisir qu'elle lui offrait sans aucune retenue. Pendant plusieurs mois, il était devenu totalement accro à leurs ébats et même s'il n'éprouvait aucun sentiment ni respect pour Marianne il se réfugiait très souvent dans le plaisir toujours renouvelé offert pas son corps, celle-ci, devant une telle fougue, avait cru à son amour et pensait avoir gagné sur toute la ligne. Souvent après l'amour, elle revivait avec jubilation le moment où son coup de massue avait fait basculer Brinette au-dessus du parapet, ce moment si précieux qui lui permettait aujourd'hui d'être dans les bras de Jean, de jouir de son corps et de porter son nom. Le seul bémol c'est que l'on n'avait jamais retrouvé le cadavre. Mais fortune et relations aidant, elle avait pu organiser de fausses funérailles. Quand Jean était revenu de Barcelone, où elle l'avait habilement envoyé pour quelques jours, sous couvert de renseignements précieux à récupérer pour le clan. Les scellés sur le cercueil étaient posés, effondré il n'avait pu qu'assister à la sépulture de son grand amour, soutenu par une Marianne dévouée, douce, présente et tellement triste d'avoir perdu son amie Brinette. Le reste pour elle n'avait été que questions de temps, de manipulation de sensualité et il était tombé dans le piège de ce cœur calculateur même si lui non plus n'était pas totalement clair dans cette affaire, puisqu'en fait l'amour de Marianne lui avait permis de s'infiltrer au cœur du clan pour en connaître au mieux les plans, les secrets et les méandres. Mais il s'était quand même vautré avec volupté dans les caresses de ces mains assassines. C'est un homme empli d'une haine immense envers lui et le clan qui entra ce jour-là dans le commissariat de Périgueux.

Quelques heures plus tard, devant la gravité des faits, un vaste coup de filet fut organisé sur toute la région du Nord Pas de Calais, les arrestations se succédèrent à une vitesse folle. Mais lorsque les gendarmes de Lille arrivèrent dans la belle demeure de Marianne pour l'interpeller, ils n'en crurent pas leurs yeux. Les murs, les sols, les plafonds, tout était tagué de cette seule inscription "Violette", ce mot était répété à l'infini, en gros en petit en majuscule et minuscule... A l'aide de crayons, pinceaux, feutres, peinture, le tout décliné en mille couleurs. Au milieu de cet ahurissant spectacle une femme, cheveux hirsute, nuisette mauve froissée et tachée, regard allumé et qui, ne leur laissant pas placer un mot leur dit.
"Vous devez être les membres du jury,  je vous attendais. Comme vous devez le savoir, je m'appelle Violette Violette...  Ce n'est pas commun vous l'avouerez, je vous explique, mes parents m'ont prénommée Violette et comme j'ai épousé Monsieur Violette je m'appelle Violette Violette, c'est charmant n'est-ce pas ? J'ai déjà été élue reine des violettes et là maintenant que vous, membres du jury êtes là, je vais pouvoir commencer ma prestation pour être élue Déesse des Violettes mais il est tellement évident que je vais gagner, êtes-vous prêts ?? Oui ! Allons-y. Et alors que les gendarmes s'approchaient d'elle pour l'embarquer elle se mit à faire quelques pas de danse en chantant "L'amour est un bouquet de violeeeeeeeeeeeeeettes....." Elle fut admise en urgence au centre hospitalier spécialisé. Le personnel, pourtant habitué aux personnes les plus fantasques n'en revint pas de cette personne qui non seulement se croyait être une violette mais de plus est, la Déesse des violettes...
La si puissante Marianne, fille adorée du Sénateur Vermet, venait de sombrer dans la folie....

A Courtelaine, Brinette et les autres, bien installés près de la cheminée qui offrait un magnifique feu d'espoir, dégustaient, malgré tout, la meilleure tarte de leur vie, Constance regarda Brinette, celle-ci hocha la tête en signe d'accord. Alors Constance leur raconta cette vision incroyable.....
Elle ouvrit les yeux et se sentit complètement perdue. Mais... ! ! !
Mais où était-elle ?
Que faisait-elle dans ce lit ?
Et pourquoi y avait-il au mur ces tableaux d'autrefois ?
Quand s'était-elle endormie ?
Elle se souvenait parfaitement qu'ils étaient tous assemblés dans le petit salon. Le feu crépitait, la tarte tatin de Marie était sublime et Constance était prête à leur conter sa vision.
Alors pourquoi et comment se retrouvait-elle là ?
Est-ce que tout recommençait ?
Avait-elle de nouveau perdu une partie de la mémoire ?
Et pourquoi était-elle vêtue de cette nuisette qu'elle portait il y a vingt ans ?
Vite, s'asperger le visage d'eau. Elle fonça dans la salle de bain attenante et fut saisie de terreur, la femme qui lui faisait face dans le vieux miroir piqueté, cette femme c'était bien elle.....mais avec une vingtaine d'années de moins.
Quand elle reprit connaissance, le visage inquiet de Jean était tout près du sien.... et.... lui aussi avait rajeuni d'une vingtaine d'années.
-Et bien ma Cousette qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu m'as fait une de ces peurs ! !
Alors, peu à peu, elle comprit qu'elle venait, au cours de cette nuit, de vivre un très mauvais rêve. Jean ne l'avait jamais trompé, ses dix-huit années ne lui avaient pas été volées, elle n'avait été victime d'aucune agression. Quelle étrangeté ! Elle était pourtant imprégnée de toutes les sensations ressenties durant ce cauchemar comme si elles étaient réalités.
- Ca va aller ?
- Oui oui mais quelle heure est-il ??
- 9 h 30 ma Cousette, je meurs de faim si tu vas mieux, je descends et tu me rejoints dès que... Tu veux bien ? Tu es sûre que tu vas mieux ?
Alors elle eut un sourire radieux
- Mais oui mon Jean ! !  Si tu savais comme je vais mieux, comme je vais bien, comme tout est merveilleux, aller file te régaler des confitures de Marie. Ce matin, j'ai juste envie de me reposer. Attends avant de partir embrasse-moi ! Elle répondit à son baiser avec une telle passion qu'il faillit lui aussi sauter le petit déjeuner, mais déjà elle lui disait.
- Pas d'emballement mon amour la brioche pur beurre de Marie t'appelle.
Elle avait besoin de solitude et d'un peu de temps, alors gentiment elle le congédiait, pourtant, oui pourtant le baiser était prometteur et contrairement à ce qu'elle avait vécu dans ce méchant rêve, il lui faisait toujours un effet terrible son Jean, alors oui elle aurait adoré se rassurer d'un retour total à la normale de cette façon, mais plus tard, oui ils avaient tout le temps.
Oui tout le temps..... Puisque leur éclatante jeunesse, venait de leur être rendue.
- Humm le choix est rude, Brioche de Courtelaine ou câlin de Cousette ?? Mais es-tu sûre que tout va bien ??
- Oui, oui juste besoin d'un peu de repos...
Il referma la porte sur un dernier sourire et elle se dépêcha de se relever pour filer de nouveau devant le miroir. Là, elle put de nouveau constater qu'il n'y avait aucun doute. Elle était jeune, jolie, amoureuse et totalement heureuse. Mais ce rêve étrange, si précis, si compliqué continuait de la tarauder. Elle repensa à toutes les émotions terribles qu'elle avait ressenties, à toutes les situations fantasques qu'elle avait crues vraies. Elle n'arrivait pas à se rassurer tout à fait, il y avait quelque chose de si réel dans tout cela. Y avait-il un sens caché ? Si oui, lequel ? Heureusement, demain ils reprenaient la route de Compostelle. Ce serait leur dernière destination avant de rentrer à la maison. Cette dernière avait été libérée il y a deux mois et autant ces deux années passées à s'enrichir de rencontres, de découvertes avaient été merveilleuses, autant là, elle sentait une sorte d'urgence qui la poussait à rentrer chez eux. Elle passa la dernière heure à se faire la plus belle possible pour son Jean, hop deux gouttes d'extrait de violette, puis elle descendit les rejoindre dans le parc où le déjeuner servi. Elle croisa Marie qui lui dit
-Je me dépêche de nouveaux pèlerins sont arrivés cette nuit.
-As-tu besoin d'aide
-Non non file vite rejoindre ton Jean, il doit se morfondre de toi
Lorsqu'elle arriva vers la grande table dressée pour une dizaine de personnes, Jean était déjà installé et discutait à bâton rompu avec une femme brune qui le regardait avec adoration. Ils semblaient l'un et l'autre d'humeur fort joyeuse, Jean avait le regard qui pétillait et semblait subjugué à tel point qu'il ne la vit même pas arriver. Elle vint se placer près de lui. Au bout d'un moment qui lui sembla une éternité elle entendit sa voix lui dire.
- Tu es là Ma Cousette je te présente le Sénateur Vermet et sa fille Marianne, ils sont comme nous sur la route de Compostelle et se proposent dès demain de faire route avec nous.
En bout de table, Constance dardait toute son attention sur le trio. Elle avait le regard anxieux, Jean était entouré par deux femmes. L'une brune, pulpeuse avait le pouvoir de les détruire, l'autre, très belle mais tellement plus discrète qu'elle était presque effacée par la présence de Marianne, avait le pouvoir de rendre leur vie solaire. Elle connaissait la réalité du danger de cette rencontre pour le couple, alors la nuit dernière elle avait fait la seule chose qu'elle pouvait pour tenter de contrecarrer l'emprise destructrice que Marianne aurait sur eux si par malheur ils se liaient avec. Elle s'était permis d'envoyer un rêve prémonitoire à Brinette.
A présent, toute leur destinée était dans la réponse qu'elle ferait à Jean.
Celle-ci prit son mari par le bras et dit d'une voix douce mais qui ne souffrait d'aucune opposition.
- Viens rentrons, là ! Maintenant ! !
- Mais où ?
- Chez nous, oui rentrons chez nous, nous n'avons pas besoin d'aller plus loin, nous avons toutes les réponses, toutes les possibilités, toutes les solutions. Viens rentrons,  là ! Maintenant !
Le sourire radieux de Jean fut la plus belle des réponses. Il avait d'un seul coup hâte de retrouver les premières fraises du jardin, les draps de flanelle et le vieux four qui cuisait si bien les tartes tatins...

- Oui tu as raison, rentrons, là ! Maintenant !
Je me dois de te dire, Lecteur que Jean et Brinette sont toujours très heureux.
Ce matin, deux tendres amies sont arrivées dans leur jolie maison pour une visite de plusieurs jours.
Marie la délicate, toujours un peu perdue dans ses châles soyeux, ses dentelles anciennes, et bien sûr, Constance, la magicienne, la pétillante vêtue de tenues flamboyantes brodées et sur-brodées à l'infini.
Elles sont venues, telles les fées de la belle au bois dormant, déposer leurs plus beaux vœux près des berceaux....
Quels berceaux ?
Mais Lecteur  ceux des jumelles...
Quelles jumelles ?
Mais Lecteur, les jumelles de Marie et Jean, arrivées avec le printemps
Leur prénoms ??
Mais Lecteur "Constance" et "Marie" et cela....
Cela.... est présage d'une très… très belle histoire…à écrire….